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Secouer la paresse des économistes

J’ai démontré dans les années 1990, avec toute la rigueur souhaitable, que l’économie actuelle est pour l’essentiel soumise à la loi du rendement d’échelle croissant et que ses marchés obéissent au régime de la concurrence monopolistique1.

Je n’étais ni le seul, ni le premier à percevoir ce phénomène : Paul Krugman, Brian Arthur, Elhanan Helpman, Mike Spence, Paul Romer, Steven Salop, Robert Solow, d’autres encore ont parlé avant moi des rendements croissants et de la concurrence monopolistique. J’ai donc pu me recommander de leur autorité et placer mon propos sous une ombrelle de citations américaines.

La théorie de la concurrence monopolistique n’est d’ailleurs pas récente : elle date de 1933 avec les travaux de Joan Robinson et Edward Chamberlin et fait partie du bagage de tout économiste bien formé.

Il existe cependant un écart entre ces travaux respectables, mais purement théoriques, et le fait de démontrer que désormais l’économie obéit pratiquement et concrètement à ce régime.

*     *

Certains économistes exigent que toute démonstration s’appuie sur des statistiques et de l’économétrie. Mais autant ces disciplines sont nécessaires pour trancher des questions auxquelles ni l’évidence, ni le raisonnement ne peuvent suffire, ici l’évidence est criante et le raisonnement tout simple.

Le fait est en effet que le coût marginal d’un logiciel est pratiquement nul : une fois écrit, on peut le reproduire des millions de fois, sans coût supplémentaire significatif, par téléchargement ou impression de disques. Le fait est aussi que le coût marginal d’un composant microélectronique, processeur ou mémoire, est lui aussi pratiquement nul. Le fait est enfin que le transport d’un octet ou d’un document supplémentaire ne coûte pratiquement rien sur l’Internet : il sera seulement bloqué si le réseau est saturé.

Aucune personne de bon sens ne peut nier ces faits qui sont aussi solidement établis que possible : les trois techniques fondamentales de l’économie contemporaine sont donc à rendement d’échelle croissant, et cette propriété s’étend aux autres secteurs à proportion de leur informatisation.

C’est pour la science économique une catastrophe au sens de René Thom2 : les bases de la théorie de l’équilibre général étant ruinées, des lois économiques jugées certaines deviennent obsolètes, des réflexes professionnels auparavant judicieux ne peuvent plus avoir leurs effets habituels.

Cette catastrophe a été anticipée par John Hicks, toujours finement exact :

« It is, I believe, only possible to save anything from (…) the wreckage of the greater part of the general equilibrium theory if we can assume that the markets confronting most of the firms (…) do not differ greatly from perfectly competitive markets (…) and if we can suppose that the percentages by which prices exceed marginal costs are neither very large nor very variable » (John Hicks, Value and Capital, Oxford University Press, 1939, p. 84).

*     *

Pour bâtir le modèle qui répondait à cette situation nouvelle il fallait la simplifier et n’en retenir que l’essentiel. C’est ce que j’ai fait en postulant que le coût marginal est nul et que le coût de production se réduit au coût fixe (sunk cost), éventuellement très élevé, d’un investissement initial.

Dans une telle situation la concurrence parfaite est impossible ainsi que la tarification au coût marginal qui est un de ses corollaires. Le régime du marché sera donc soit le monopole, soit la concurrence monopolistique, et si le monopole peut subsister un temps sur un marché la diversification qualitative du produit y introduira bientôt la concurrence monopolistique.

De ce point de départ résulte une cascade de conséquences concernant les produits, l’ingénierie, l’emploi, les compétences, l’organisation, la stratégie, etc. Elles dessinent le monde hypothétique que j’ai exploré avec quelques autres et que nous avons nommé « iconomie ». Je l’ai décrit dans des livres3, articles et émissions sur Xerfi Canal, me répétant au point d’avoir parfois l’impression pénible de radoter.

Comme tout modèle économique celui de l’iconomie est schématique. Cela ne l’empêche pas de fournir des indications éclairantes à la stratégie des entreprises et à la politique : l’orientation qu’elles indiquent se révèle d’ailleurs familière aux entrepreneurs que nous rencontrons car à défaut de théorie ils ont une intuition exacte de la situation présente.

Mais qu’en est-il de nos confrères économistes ?

*     *

À quelques exceptions individuelles près, moins nombreuses que les doigts d’une main, ils ne s’intéressent pas à ce travail et font comme si aucune catastrophe n’avait chamboulé leur discipline.

Il est vrai que notre modèle ne possède pas les attributs formels qu’affectionne la profession. Il est publié en français, non en anglais ; le recours aux statistiques et à l’économétrie ne lui étant pas indispensable, il ne s’appuie pas sur des tableaux de nombres ; son recours aux mathématiques est, comme chez John Hicks, réduit au strict nécessaire. Il se peut donc que ce modèle, qui évite tout pédantisme, semble trop simple pour mériter l’attention.

S’intéresser à l’informatisation demanderait peut-être aussi à un économiste un effort qui l’isolerait et l’éloignerait de la voie royale de la réussite dans sa discipline.

Je crois cependant que le silence des économistes s’explique surtout par leur paresse intellectuelle.

La profession et, avec elle, les politiques qu’elle influence, reste en effet emmaillotée dans la théorie de l’équilibre général et le modèle de la concurrence parfaite, fût-il complété à la marge par des explorations comme celle de Jean Tirole4 sur les situations d’information imparfaite, dissymétrique, etc.

C’est que cette théorie est trop séduisante pour que l’on y renonce aisément : sous le régime de la concurrence parfaite, le libre jeu de l’offre et la demande détermine une structure de prix, « main invisible » qui s’ajoute à celle d’Adam Smith pour conduire les productions et les échanges vers un optimum de Pareto tout en maximisant le surplus collectif.

Les économistes semblent prêts à s’écrier en paraphrasant Hilbert « nul ne doit nous exclure du paradis que Walras a créé5 ! ». On conçoit qu’ils répugnent à quitter ce paradis pour accepter l’iconomie, qui peut d’ailleurs leur sembler boiteuse car l’équilibre de concurrence monopolistique n’est pas optimal6.

« Nous faisons cas du beau, nous méprisons l’utile ;
Et le beau souvent nous détruit. »
(La Fontaine, Le cerf se voyant dans l’eau)

Mais n’était-on pas dupe de l’optimalité de l’équilibre général ? Sa théorie est certes paradisiaque, mais au prix du refus de réalités contrariantes comme l’incertitude du futur, que Keynes a explorée, et la prédation7, qui caractérisait l’économie féodale mais que l’industrialisation n’a pas fait disparaître.

Les rendements d’échelle croissants ont provoqué le naufrage de cette théorie (« wreckage », disait Hicks). Ils nous ont chassé de son paradis pour nous confronter à une économie du risque maximum : la concurrence « parfaite » n’a certes jamais été paisible, mais la concurrence monopolistique atteint un sommet de violence.

C’est peut-être pourquoi l’expression « concurrence monopolistique », si volontiers utilisée aux États-Unis, effraie certains économistes français : en fusionnant la Concurrence et le Monopole elle leur semble mêler le Bien et le Mal. Certains préfèrent dire « concurrence oligopolistique8 », mais cette expression bancale désigne en fait une concurrence monopolistique comportant un petit nombre de concurrents.

*     *

L’attitude de la majorité des économistes a des conséquences car elle influence les décisions des dirigeants de la politique et des entreprises, celles aussi de « Bruxelles » et de « Bercy ». S’appuyer sur l’optimalité de la concurrence parfaite alors que l’économie obéit au régime de la concurrence monopolistique, c’est s’interdire en effet de discerner les opportunités que la situation comporte comme les dangers qui les accompagnent : on rate les premières, on tombe dans les seconds.

La France et l’Europe ont ainsi négligé les compétences fondamentales du système technique contemporain – celle des algorithmes et du logiciel, de la micro-électronique et des circuits intégrés, celles qui assurent la maîtrise de l’Internet – pour se focaliser sur des applications utiles sans doute (les « usages », l’« intelligence artificielle », le « cloud souverain ») mais dans lesquelles il est impossible de réussir et d’être compétitif sans maîtriser ces compétences fondamentales.

Or la géopolitique et l’économie sont liées : une population n’est pas composée seulement de consommateurs, mais aussi de producteurs ayant des compétences. Chaque nation doit veiller à se placer, dans le concert géopolitique, de façon à pouvoir exprimer son identité et ses valeurs, qui sont pour la France celles de notre République et pour l’Europe celles de la paix et de la coopération. Les nations qui cultivent une conception superficielle de l’état des techniques risquent de perdre leur droit à la parole.

« Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur du monde », a écrit Camus9 : la paresse intellectuelle tolère un vocabulaire qui engage la pensée dans des impasses. « Numérique » et « digital » masquent la dynamique de l’informatisation et empêchent de concevoir le ressort qui propulse la situation présente vers son futur ; l’expression « intelligence artificielle » suscite des chimères qui masquent une réalité pratique, celle des techniques de l’informatique et de la statistique que l’opinion commune (qui est aussi celle des dirigeants de la politique et des entreprises) méprise d’ailleurs sottement.

*     *

L’informatisation a rompu les amarres intellectuelles qui liaient la réalité économique à la théorie de l’équilibre général. Les économistes doivent donc secouer leur paresse : en restant prisonniers des résultats d’une théorie obsolète ils trahissent leur mission, qui est d’éclairer la situation présente et d’indiquer les voies de l’action judicieuse. Cette démarche a été en leur temps celle d’Adam Smith, David Ricardo, Léon Walras, John Hicks, et des autres grands économistes.

Il faut pour cela qu’ils fassent l’effort d’acquérir une intuition exacte de l’informatisation : ils doivent lire et méditer Turing, von Neumann, Donald Knuth, les témoignages des créateurs, les travaux des historiens10, les rapports des praticiens de l’informatique et des systèmes d’information, etc.

Mes propres travaux11 et ceux de l’Institut de l’iconomie12 ont été publiés pour leur faciliter la tâche.
__
1 Michel Volle, Économie des nouvelles technologies, Economica, 1999.
2 Ivar Ekeland, « La théorie des catastrophes », La Recherche, n° 81, septembre 1977.
3 « Éléments de théorie iconomique » in Claude Rochet et Michel Volle, L’intelligence iconomique, De Boeck, 2015.
4 Jean Tirole, Économie du bien commun, PUF, 2016.
5 « Aus dem Paradies, das Cantor uns geschaffen, soll uns niemand vertreiben können » (David Hilbert, « Über das Unendliche », Mathematische Annalen 95, 1926).
6 Michel Volle, e-conomie, Economica, 2000, p. 139-140.
7 Michel Volle, Prédation et prédateurs, Economica, 2008.
8 Christian Saint-Etienne, L’iconomie pour sortir de la crise, Odile Jacob, 2013.
9 Albert Camus, « Sur une philosophie de l’expression », Poésie 44, 1944.
10 Pierre Mounier-Kuhn, L’informatique en France, PU Paris-Sorbonne, 2010.
11 Michel Volle, De l’informatique : Savoir vivre avec l’automate, Economica, 2006.
12 www.iconomie.fr.

Michel Volle (Polytechnique - ENSAE) économiste, a été responsable des statistiques d'entreprise et des comptes nationaux trimestriels à l'INSEE puis chief economist au CNET.

Voir son profil.

8 Comments

  1. Je vous soumets une contribution très personnelle -en fait une réponse à mon co-auteur Marc Vielle de l’EPFL qui m’a signalé cet article-, que j’intitulerais bien: « Secouer la mémoire des économistes, qui pensent inventer des choses connues depuis bien longtemps ».
    Il y a deux pièces jointes, la copie d’une lettre personnelle que m’a adressée Marcel Boiteux, l’article  » L’empreinte de Malinvaud. Mélanges économiques. Essais en l’honneur de Edmond Malinvaud, Economica, Paris, 1988″ publiée dans Actualité Economique.
    Mon texte est brut de décoffrage, il nécessite d’être revu et un peu limé pour une éventuelle publication. Le voici ci-dessous:

    Mon cher Marc,
    Je ne me sens pas du tout visé, je connais vaguement Michel Volle, j’ai dû le rencontrer à la grande période de la planification française des années 1965 à 1980 pendant laquelle j’ai joué un rôle non négligeable, c’est un euphémisme.
    Et le sujet qu’il traite -ce qu’il appelle les rendements croissants, c’est aussi et surtout les coûts fixes- je l’ai traité bien avant lui à propos de la tarification des coûts d’infrastructure (les fameux rapports Laval dont j’ai été le rapporteur général -c’est-à-dire l’auteur à peu près exclusif- du dernier d’entre eux qui portait notamment sur la tarification à l’équilibre budgétaire, préconisée dans un célèbre rapport pour la commission européenne de Maurice Allais et d’un certain del Viscovo (sans doute la seule chose que j’ai à peu près comprise de l’oeuvre de Maurice Allais, encore que ce soit sur des justifications très différentes des miennes). C’était un « groupe de travail créé à la demande du Premier Ministre », Chaban-Delmas en l’occurrence, en 1972, mais comme le Ministère de l’Equipement et en particulier le SAEI (Service des Etudes Economiques et Internationales) qui l’avait en charge mais avait quelque peu explosé après 1968 ne faisait rien, au grand désespoir de Laval, j’ai repris le dossier en arrivant à la Direction de la Prévision, à la grande satisfaction de Laval qui voyait enfin que les choses commençaient à bouger!
    J’ai même écrit un article sur le sujet dans le Bulletin de la RCB -dont j’étais statutairement le rédacteur en chef et de fait plus ou moins le discussant, ça facilite les choses!- intitulé « La vérité des prix, tarification au coût marginal ou à l’équilibre budgétaire ? » sur lequel j’ai eu quand même un discussant de niveau tout-à-fait respectable, Marcel Boiteux soi-même! J’ai mon article quelque part, je sais à peu près où, je ne l’ai pas scanné mais j’ai scanné la lettre que m’avait envoyée Boiteux, que tu trouveras ci-attaché (il faut que je la relise, je ne pense pas avoir envoyé mon papier à Malinvaud, c’était de toutes façons moins son domaine de compétence puisque cela met en jeu la théorie de l’optimum de second rang, inventée par Boiteux, et dont j’ai dû vous bassiner quand j’étais au CEA (un des deux papiers présentés à l’IEW à Paris -en 1999 à mon souvenir- reposait là-dessus.)
    Et c’est aussi le sujet de l’article que j’ai écrit pour l’ouvrage en hommage à Edmond Malinvaud (plus de 1000 pages au total, pas mon article seul !). Tu trouveras ci-attaché la présentation et critique très complète publiée dans Actualité Economique. Michel Volle ne fait pas partie des contributeurs et n’est jamais cité.
    Sur ce sujet, je m’étais fait des ennemis notamment à la SNCF car la tarification à l’équilibre budgétaire signifiait sinon la mort du moins une restructuration sévère de l’entreprise, avec la suppression d’un grand nombre de lignes déficitaires et une indispensable et forte augmentation des tarifs.
    La SNCF ne m’appréciait guère c’est compréhensible, mais me craignait et me respectait, c’est comme cela que j’ai eu le privilège d’être invité à l’inauguration de la première ligne de TGV à Montchanin (il y avait quelque 4000 convives, c’était le souk, et il était impossible d’entendre le discours de Mitterrand). Mon vis-à-vis à la SNCF était Michel Walrave, brillant ingénieur des P&C, homme très compétent et d’une grande finesse mais qui savait tordre la théorie et les faits pour la défense de son entreprise. C’est sûr que j’ai été un caillou dans sa chaussure mais il a eu finalement gain de cause avec l’arrivée de la gauche au pouvoir, étant nommé conseiller technique à Matignon sous Mauroy, qu’il avait bien connu à Lille, sans doute comme directeur régional de la SNCF quand Mauroy était maire. En plus je n’étais plus très combatif et j’avais d’autres préoccupations en tête, et de toutes façons je n’aurais jamais eu gain de cause.
    Voilà comment s’écrit une belle page de l’histoire de l’administration française !
    Alain

    • Ce commentaire intéressant montre que les rendements d’échelle croissants sont connus depuis longtemps, ainsi que le fait qu’ils interdisent de tarifer au coût marginal. Dans l’économie mécanisée (je simplifie) d’avant les années 1970 cela concernait des entreprises bâties sur une infrastructure coûteuse comme celle des chemins de fer : Léon Walras lui-même le savait (https://www.taieb.net/auteurs/Walras/etat_cdf.html).

      Dans l’économie informatisée (je simplifie encore) qui a émergé à partir des années 1970 le rendement d’échelle croissant, auparavant limité à quelques secteurs, s’est généralisé car le coût fixe a pris une place prépondérante dans la fonction de coût.

      Il pourrait en résulter que dans chaque secteur la production soit le fait d’un monopole. Pour survivre, les entreprises diversifient cependant leur produit en variétés qualitativement différentes de sorte que le régime qui s’impose partout sera celui de la concurrence monopolistique. Tout cela est simple et évident. J’ai tenté d’en explorer les conséquences, sans aucune prétention. Elles sont importantes mais généralement ignorées, et cela m’étonne.

      J’ai écrit un témoignage sur Edmond Malinvaud en 2016 (http://michelvolle.blogspot.com/2016/11/a-cote-dedmond-malinvaud.html) à l’occasion d’un colloque en son honneur, « Théorie, mesure et expertise », dont les actes n’ont pas été publiés à ma connaissance.

  2. Hum… Il y a de très nombreuses raisons autres que l’iconomie pour que l’équilibre général soit imparfait, et les économistes le savent très bien (https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9or%C3%A8me_de_Sonnenschein). C’est juste un dirty secret qui est réservé aux spécialistes.
    Pour ce qui est de l’iconomie elle-même, il y a un pas que vous franchisses bien vite entre les secteurs à production marginale à coût nul (le logiciel) et les autres. Quand on connaît le coût des usines de semiconducteurs, on a du mal à considérer que le coût d’un composant est marginal. Surtout si l’on introduit le fait que les semiconducteurs ont une durée de vie limitée, sans cesse remplacés par des composants à la gravure plus fine. En pratique le coût marginal d’un composant n’est donc jamais nul. En dehors même de cet exemple, que l’on peut considérer comme tangent, il passera pas mal d’eau sous les ponts avant qu’une voiture soit à coût marginal nul. Sans même parler de tout ce qui relève d’une économie de rente, comme l’immobilier ou les titres financiers, et qui occupe une place importante.

    • Je ne crois pas que les économistes et les régulateurs sachent tous que l’économie ne peut plus obéir au régime de la concurrence parfaite. S’ils le savaient, cela se verrait car ils n’agiraient plus comme si la concurrence pure et parfaite était la recette infaillible de l’efficacité.

      Oui, le coût marginal d’un circuit intégré est négligeable. Le coût de son usine entre dans son coût fixe. Que sa durée de vie commerciale soit limitée a un effet sur son coût moyen, non sur son coût marginal.

      Les techniques fondamentales de notre époque (microélectronique, logiciel, Internet) sont à coût marginal négligeable. Cela a poussé la fonction de coût vers le rendement d’échelle croissant dans tous les secteurs, y compris ceux dont le coût marginal n’est pas nul.

  3. Ils le savent très bien (malheureusement), tout comme les traders savent bien qu’une option est valorisée avec des modèles qui supposent que les cours boursiers répondent à une loi normale alors qu’en réalité leur distribution est à queue épaisse. Un point que vous soulevez est en revanche que les régulateurs sont souvent des juristes qui ont en tête une vision très simplifiée de l’économie, où la concurrence pure et parfaite peut rester un horizon. Hayek a une théorie des prix qui n’en fait que des indicateurs (très performants : prix en hausse = pénurie, prix en baisse=excédent), sans équilibre général. Il y a tout la querelle du réalisme des hypothèses, avec des économistes comme Friedman expliquant que peu importe l’irréalisme de l’équilibre général, cela reste un idéal. Le manuel qui se veut consensuel (le CORE) est très explicite sur le modèle d’équilibre général (https://www.core-econ.org/the-economy/book/fr/text/08.html#88-le-mod%C3%A8le-de-concurrence-parfaite) : « un modèle simplifié peut fournir des prédictions utiles même lorsque les hypothèses qui le sous-tendent ne sont qu’approximativement valides. »
    Agnès Verdier-Molinié, de l’IFRAP, farouchement pro-concurrence, ou anti-état, n’est pas économiste.

    • Ils savent beaucoup de choses, certes, mais ils ne disent jamais que l’économie informatisée actuelle obéit au régime de la concurrence monopolistique : on dirait donc bien qu’ils ne le savent pas.

    • Les économistes ont tous entendu parler de la concurrence monopolistique, certains savent ce que c’est, quelques-uns l’ont étudiée à fond.
      Mais lorsque je leur dis que l’économie contemporaine obéit au régime de la concurrence monopolistique les oreilles se ferment, je ne sais pourquoi.

      Pour pouvoir « tirer la conclusion de mon analyse » il faut en lire un exposé plus complet que le présent article, par exemple les « éléments de théorie iconomique », http://www.volle.com/travaux/ecoiconomie.pdf (c’est un chapitre dans Claude Rochet et Michel Volle, « L’intelligence iconomique », De Boeck, 2015).

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